La Longe
Sarah Jollien-Fardel
Sabine Wespieser Éditeur - 2025
9782848055497
Tous les matins, au réveil, Rose, la narratrice du puissant deuxième roman de Sarah Jollien-Fardel, lutte pour ne pas être assaillie par la réalité crue, dans cette chambre aux parois boisées où elle vit désormais attachée par une longe.
Rose est devenue folle de douleur au moment où, trois ans auparavant, des policiers sont venus lui annoncer la mort de sa petite fille, Anna. Cette douleur, elle n'est pas parvenue à la surmonter, au point de devenir un danger pour elle et pour les autres, au point de demeurer attachée et recluse.
La vie était joyeuse, avant l'accident. Rose se souvient de son enfance dans un village de montagne, rythmée par la phrase inscrite sur une poutre du bistrot de sa grand-mère adorée : « Tu es d'une espèce qui aime la lumière et déteste la nuit et les ténèbres ». Son amitié immédiate avec Camil, le petit garçon qui venait passer ses vacances sur les hauteurs, devenu bien plus tard son mari et son indéfectible soutien ; leurs lectures et leurs promenades au coeur d'une nature somptueuse ; la naissance de leur enfant ; leurs métiers qu'ils aiment, lui est architecte, elle ostéopathe. Une vie apparemment sans histoires, dans laquelle Rose, ressassant le passé, traque les failles, elle qui ne s'est jamais remise de la mort longtemps inexpliquée de sa propre mère, le jour de sa première communion. Elle qui est également rongée par le remords de n'avoir pas désiré vraiment l'arrivée d'Anna.
Les souvenirs de Rose vont peu à peu, dans une narration haletante, nous révéler les circonstances de l'accident, et celles de sa propre réclusion.
Mais, le jour où Rose, percevant soudain une présence inconnue derrière sa porte close, entend filtrer à travers la paroi des phrases extraites d'un livre de Marguerite Duras, nous, lecteurs, avons l'intuition que la lumière pourrait gagner...
Sarah Jollien-Fardel, par la manière dont elle choisit de sauver d'elle-même son personnage, nous offre un magnifique dénouement, à l'aune de son magistral portrait de femme.
Ça commence comme ça :
"Tous les matins, pendant un quart de seconde, je suis bien. Un quart de seconde où je ne me rappelle plus qui je suis, ce que je fais, où je dors. Pendant ce quart de seconde, Rose n'existe pas, la Rose que je suis devenue n'a pas encore pris possession de mon esprit."
On attendait avec impatience et, il faut bien l'avouer, une certaine inquiétude, le deuxième roman de Sarah Jollien-Fardel. En effet, après un "coup d'essai-coup de maître", le deuxième est toujours une gageure. Et là ... le bonheur ! Aussi sombre, aussi beau, d'une écriture encore plus maîtrisée que "Sa préférée", qu'on avait adoré.
Sarah Jollien-Fardel fait clairement partie de nos écrivaines préférées.
"Tous les matins, pendant un quart de seconde, je suis bien. Un quart de seconde où je ne me rappelle plus qui je suis, ce que je fais, où je dors. Pendant ce quart de seconde, Rose n'existe pas, la Rose que je suis devenue n'a pas encore pris possession de mon esprit."
On attendait avec impatience et, il faut bien l'avouer, une certaine inquiétude, le deuxième roman de Sarah Jollien-Fardel. En effet, après un "coup d'essai-coup de maître", le deuxième est toujours une gageure. Et là ... le bonheur ! Aussi sombre, aussi beau, d'une écriture encore plus maîtrisée que "Sa préférée", qu'on avait adoré.
Sarah Jollien-Fardel fait clairement partie de nos écrivaines préférées.